Nombreux sont ceux qui ont conjecturé une insurrection populaire spontanée à la Burkina en prélude à l’annonce d’une consultation du peuple initiée par le Président de la république.
Depuis lors, des appels de pied se sont multipliés sur les réseaux sociaux incitant urbi et orbi à une implosion de la masse avec le terme de désobéissance civile comme réponse à l’annonce de la date du référendum, d’autres se sont emboités à aviser la déchéance du Président de la république à l’image du Burkina-Faso.
Seulement, depuis là aucun acte ne se conforme aux paroles. Malgré l’aptitude de l’opposition, à enrôler ses partisans, observée lors de son meeting du 27 septembre dernier.

Qu’en est-il donc des aphorismes hurlés à plein gorge dans chaque intendance politique, allant de « le Congo n’est pas le Burkina » à « le Congo sera le Burkina », etc. ? Le Congo sera-t-il peut être le Rwanda 2015 ?

La réponse est peut être ailleurs qu’à l’endroit où chacun l’attendrait.

Le Burkina (Haute-Volta jusqu’en 1984), à l’instar de la plupart des pays subsahariens, est un pays chargé d’histoires chronologiques d’ordre politique, du moins avant l’arrivée du multipartisme.
C’est dans un contexte mouvementé, avant l’arrivée de la démocratie en Afrique, qu’on a vu se succéder au gré des coups d’états, les présidents suivants : - Maurice Yaméogo( 1959)- Aboubacar Lamizana (1966)- Saye Zerbo (1980)- Jean-Baptiste Ouedraogo(1982)- Thomas Sankara (1983)- Blaise Compaoré (1987). Puis la suite…
Un autre aspect caractérise le peuple Burkinabè, c’est sa renommée incontestable en matière de patriotisme fondamental. Les preuves peuvent s’étayer avec le règne de Thomas Sankara, où chaque citoyen a laborieusement œuvré pour l’éclosion du développement de ce pays alors compté parmi les derniers du tiers monde. C’est ainsi qu’on a vu des braves femmes et hommes volontaires travailler bénévolement les mains nues pour la construction d’un chemin de fer ; s’activer par l’engouement suscité par le triomphe de l’auto suffisance alimentaire dans ce pays semi-désertique et autres activités publiques baptisées alors à l’époque, en substance, les activités révolutionnaires.

Pour prétendre à de tels résultats pour un pays Africain qui déclinait toute aide extérieure dans le but de préserver son indépendance, il faut sans doute une bonne dose de cohésion culturelle dans les mentalités.

Partant de ces aspects non exhaustifs, on peut donc affirmer sans crainte que, contrairement à la plupart des pays du sud du Sahara, le Burkina-Faso est un pays où les conditions d’unité nationale chantée dans les textes légaux sont réunies. On peut sans fausse modestie parler de nation pour le cas de ce pays d’Afrique occidentale. Surtout lorsque nous connaissons la densité de la coloration ethnique formulée dans les instances politiques de la plupart des pays Africains.

Pourtant, au Burkina, malgré les soixantaines d’ethnies que regorge ce pays d’environ 274.00km2, avec les mossis majoritaires à 45% des 17 millions de ses habitants (groupe dont sont issus Sankara ; Blaise Compaoré ; et le célèbre roi Mogho Naaba), à côté des Gourmantchés, des Peuls, des Bobos et bien d’autres, les peuples du Faso coexistent en parfaite harmonie depuis son indépendance en 1960. Malgré la succession des coups d’états, l’unité nationale n’a jamais été mise à mal. Ainsi, lorsque le peuple Burkinabè s’exprime depuis la venue du multipartisme, c’est en termes de nation et de cohésion culturelle, donc de l’intérêt général.

Mais en est-il de même pour le Congo-Brazzaville ?
Faisons donc un petit sursaut ramassé et lapidaire sur les traits de caractère de l’environnement politique Congolais.

Du haut de ses 4 millions d’habitants, avec plus de soixante ethnies reparties sur 242 000 km2, le Congo est en tête de liste des pays Africains où gouvernance a toujours fortement mais malencontreusement rimé avec « tribus », et ce, des indépendances à l’arrivée du multipartisme.
L’on se souviendra, qu’en 1963, lorsque Massamba Débat succédait au très controversé Curé père de l’indépendance, la grogne avait pour cause, entre autres, la gestion clanique de la chose publique. A noter qu’à l’époque déjà, c’est autour presque des gens d’une même « famille » que le pouvoir orbitait.

La gestion clanique du pouvoir, marque irréfutable d’un des nombreux legs coloniaux, a souvent attisé des frustrations à l’origine des démêlés qui auront pour point de chute des guerres fratricides. Une rétrospective de la toute première guerre civile au Congo en dira long (1959), d’autant que cette compétition aura pointé sans nul doute le départ de la ligne imaginaire de démarcation d’une scission du pays entre le méridional et le septentrional. De là aussi partira, très certainement, l’obsession ancestrale du déni de l’autre dans les esprits des citoyens d’un même pays. Un sentiment qui va se perpétuer et résister cinquante ans plus tard et de manière presque congénitale.

L’ère Ngouabi (1968-1977) n’en restera pas en marge, au contraire, elle consolidera les bases de réunification fractionnelle en fonction des intérêts des groupes. Les rangs se resserreront davantage par rapport à la fibre ethnique. Ainsi fût signé l’accomplissement dans la suite avec l’arrivée d’Yhombi-Opango (1977-1979), puis Sassou Nguesso (1979-1992).

Ce phénomène pouvait trouver son explication infondée dans un contexte de monopartisme et de bataille du pouvoir, mais quelle ne fût pas la surprise lorsqu’à la suite de la conférence nationale en 1992, les traits du tribalisme se renforçaient de la plus cruelle des manières avec à la tête du pays Lissouba, pourtant un « groundbreaking » de la démocratie en Afrique.

Cette fois aussi, malgré le multipartisme et l’arrivée de la démocratie, une seule et même caste siègera dans les arènes d’un pouvoir sans partage. Il ne sera plus question de dilemmes nord-sud mais de sud-sud, avec des découpages territoriaux sur bases ethniques desquelles naissaient les plus exécrables des dénominations. C’est alors que des risibles épithètes de désignation des Congolais, selon leurs contrées d’origine, vont se distinguer avec une telle ardeur à semer des séquelles indélébiles dans les mémoires pendant la guerre civile qui opposa les partisans de Lissouba (les Niboleks) et ceux d’un autre chef de guerre nommé Bernard Kolelas (les Tcheques) en 1993.


A partir de cette période, la société Congolaise n’était plus, physiquement mais surtout mentalement, qu’un rabibochage de communautés en mal de cohabitation et en perpétuelle défiance. Tellement les fantômes continueront à errer et à hanter jusqu’à ce jour.

En 1997 une autre guerre civile éclate tous azimut, entre le nord et le sud, entre le sud et le sud, entre les partisans de Sassou et ceux de Lissouba, entre les partisans de Kolelas et ceux de Sassou, etc… Celle-ci ramènera Sassou Nguesso au pouvoir avant de rencontrer en 2002 les premières élections d’après guerre qui le maintiendront sur deux mandats successifs.


Une chose devrait attirer notre attention, c’est qu’à la suite des guerres de 1993 et 1997, à côté des travaux de démobilisation et de réinsertion, aucun travail psychologique n’a été mis en œuvre pour tenter de prendre en charge le traumatisme des habitants du Congo. Chacun s’est contenté de tirer son épingle du jeu et de se ranger derrière un leader naturel aux attributs claniques, que ce soit du côté de l’opposition (hier au pouvoir) ou de la majorité au pouvoir. Tout s’est passé comme si rien ne s’était jamais passé. Après on feint de s’étonner des signes perpétuels d’agressivité que dégagent les citoyens et le penchant inhérent à la violence sous toutes ses formes au moindre obstacle.

Officiellement, le Congo est un pays où règne l’unité nationale. Mais dans les faits, l’unité nationale est impitoyablement illusoire et factice. Chacun se voile la face et tire le drap de son côté lorsqu’il s’agit des grandes questions de la nation. Et ça, c’est une réalité que chacun habille à sa manière pour tenter de se protéger de cette encombrante vérité beaucoup trop présente.

Aujourd’hui en 2015, que peuvent espérer ce peuple et ses dirigeants dans leurs velléités du pouvoir ? Lorsque la majorité des partis politiques sont construits sur des bases ethniques, lorsque les discours et les intentions laissent transparaitre des relents d’ethnocentrisme, lorsque la violence est retenue comme leitmotive de chartes, lorsque la politique ne peut se concevoir autrement qu’au bout du fusil, lorsque la vengeance devient un projet de société, lorsque les intérêts égoïstes priment sur ceux de la nation, lorsque les populations flirtent avec le diable, lorsque les mémoires s’effacent aussi rapidement…

Il est dès lors utopique aujourd’hui de croire en une action conjointe de toutes les couches de la population à l’image du Burkina ou d’ailleurs. Surtout avec pour modèle une classe politique vieillissante (majorité et opposition), une bande de copains, dont les intérêts se muent à l’antipode des besoins collectifs, qui se disputent les cartes d’un jeu dont eux-seuls disposent des règles.

En l’état actuel des choses, les jeunes Congolais gagneraient plus à penser d’abord apaisement et stabilité du pays, faute de prise en compte, au risque de faire le lit des grands comme de coutume. Ensuite de rapiécer le tissu social fortement endommagé, sinon l’histoire se répètera quelques soient les révolutions et les résistances entamées. Enfin, de penser à la manière de s’imposer, de s’affirmer et d’aborder les problèmes de fond, ceux qui les concernent directement du point de vue de l’avenir.

A ce titre Jean Rostand disait "Si tu refuses ton propre combat, on fera de toi le combattant d'une cause qui n'est pas la tienne".

J’ai dit !

A bon liseur salut !

DDH, 08/10/2015