La politique mon ami est une école,
Pas si grande en fin de compte, j’y ai vécu.
Le tout c’est d’avoir du cran et un peu d’énergie.
Chemin faisant, j ai très vite appris de gré ou de force
À devenir avare, fourbe et hypocrite.
Si j’ai souri de temps à autre, ce n’était jamais pour faire vrai,
Juste pour attirer un peu d’empathie.

Mais mon ami, ce n’est jamais de gaité de cœur si on fait la guerre,
C’est pour survivre aux fureurs et aux outrages,
Pendant que les humeurs te déchainent leur terreur.
Qu’aurais-je fait des amitiés et des amours dis-tu ?
Ils ont été des chiffres et des options très salutaires à mon essor,
Ne me regarde pas avec cet œil de sainte-nitouche cher ami,
Crois-tu que dans ce monde restait-il encore
De la place pour les vertus de la conscience ?
Il n y avait pas meilleur endroit pour les coupables
Que cet univers,
Alors, il a fallu choisir, être ou pas victime.

J’ai donc vite fait d’apprendre l’altruisme d’intérêt,
Celle que définissent les raisons très spécifiques de charité.
Ç’aurait été une erreur que de croire au partage sans retour,
Dans un monde où chaque soupir compte,
En faire écho achalant n’était que source de sûreté et d’éloges.
C’est ainsi que j’ai réussi à monter en grade
Dans la catégorie des plus sadiques et repus.

Les discours ? J’en ai servi,
A percer les âmes et les esprits,
Des plus prodigieux aux plus gagnants,
Où chaque verbe a été conçu de manière avisée
Rien que pour séduire, rougir et pâlir, à n’en point finir.
Ce n’est donc pas du tout hasard si j’ai gagné des cœurs,
J’ai réussi mon pari, je n’en fus que ravi.
Puis lorsque j’en eu exalté le charme,
Tous tombèrent en amour comme dans une fable enchantée,

Je sais, je me suis fait beaucoup d’ennemis au passage,
Mais tout avait été prévu
Dans le calcul intégral des aléas du sacerdoce :
Si tu ne te fais que trop d’amis,
Assure-toi d’en découvrir quelques ennemis
Au risque de finir le plus con de l’histoire.
C’est ainsi que j’ai appris que même le fils de ma mère
N’est digne de confiance dans aucune de ces indignités
De cet indu champ de bataille qu’est la vie,
Alors décidé, je suis allé seul,
Seul j’ai fait face, seul j’aurais péri.


Mais aujourd’hui, sous l’ombre feuillagée
De mes champs de cacao d’où je vous observe,
Je me ri de vous et de vos désirs d’équité, mon ami
Vous qui croyez en l’égalité de chances et en l’amour du prochain
Vous qui réclamez telle mutation d’un tel pour tel autre,
Mais quels naïfs faites-vous donc ?
Même si ici bas la vérité n’est jamais dite,
Mais la réalité elle, restera la même et à chaque fois,
Banale et très commune à tous les chaperons de la politeia
Qu’importe le niveau de leur dévolution,
C’est pourquoi elle échappera encore
Et encore au commun de mortel transporté.

Je vivrai donc à épier les flétrissures
De mes locuteurs ébroués
Avec l’espoir de rebondir un jour
Comme un léopard des savanes.

DDH, 26 Août 2015