Depuis environ deux ans, la question d’un éventuel changement de la constitution défraie la chronique. Excitant par des voix protéiformes, les frugalités de natures aussi diverses les unes que les autres. Tous les affolements ont trouvé leur légitimité dans la loi fondamentale du 20 janvier 2002 en controverse, cette dernière n’ayant pas prévu les mécanismes de son propre changement, les velléités qui s’élèvent urbi et orbi dans les clivages politiques ont eu écho dans les dispositions du texte de la constitution dont la vigueur est désormais hissée au sommet de ses treize années d’existence, d’où se profile aussi le terme du deuxième mandat du Président Denis Sassou Nguesso, le dernier à l’orée de 2016, conformément aux articles 57, 185-

Avec deux dialogues successivement antagonistes (dialogue de Sibiti convoqué par l’institution dirigeante de la nation et celui de Diata qui a réuni l’opposition et autres forces vives de la nation, ayant boycotté le premier) organisés sur la question en un temps record (juillet 2015) au sein d’une même république, il faut désormais craindre qu’il s’édifie dans la plus expéditive des foulées un spectre aux couleurs de la conférence nationale souveraine de 1992, un spectre qui aura la sombre propriété de faire régresser tous les efforts consentis jusqu’ici pour cheviller les germes de démocratie dans la société Congolaise.

Une chose qu’auraient déjà comprise toutes les sensibilités politiques alertées sur le caractère obscurément politique de la situation, au-delà de ses spécificités juridiques de départ. C’est à juste titre le couronnement de la réplique de l’opposition, notamment celle dite radicale, qui signe et persiste sur la prescription d’une alternative foncièrement tablée sur les couches d’une alternance politico-politicienne dont l’ambition a été traduite dans l’épilogue du « respect de l’ordre constitutionnel et de l’alternance démocratique ». Une grande première pour l’opposition Congolaise qui a su enfin rafistoler ses fissures légendaires en réunissant au sein d’une même coalition un nombre conséquent de ses partis épars.

Dans l’hypothèse où l’ordonnancement d’une alternance politique est accepté dans les esprits des Congolais, des interrogations cependant demeurent sur la capacité de l’opposition, telle que charpentée, à assurer la prolongation de l’État telle que définie par les formulations. Ce qui en outre, peut donner une note à la crise de confiance que lui témoigne le peuple, quand bien en quête de réformes politiques. Il se retrouve une fois encore sur la croisée des chemins de son destin. Une croisée bardée d’incertitudes et de peur à confier sa destinée en pâture.

Quatre points, non exhaustifs, pour expliquer cette peur:
1- Une opposition qui regorge beaucoup trop de figures du passé ayant échouées, mais qui aspirent toujours à reconquérir le pouvoir pour le pouvoir. Des ambitions qui contribuent davantage à faire douter le peuple à porter leur choix sur eux, car ayant fait montre de leurs asthénies dans la conduite de la mission régalienne. Par conséquent, ceux-ci ne devraient faire l’objet d’aucun dédouanement dans l’exercice comptable de toutes les calamités imputées à la continuité de l’administration actuelle.

2- Une opposition beaucoup trop composite dont le programme de gouvernement reste très flou aux yeux du peuple, avec dans sa bourgade des chevaliers (exception faite de certaines d’une minorité de citoyens réfléchis qui forcent l’admiration dans la pertinence de leur démarche) qui naviguent dans tous les sens du courant, contractant au passage des alliances aussi saugrenues que fortuites avec pour motion impérative le départ de l’actuel Président, sans un programme patent d’avenir. Sans compter les improvisés défenseurs de la loi aux aspirations nobles mais beaucoup trop tardives pour prétendre rendre à un peuple une félicité dont ils ont une fois aidé à spolier. Dans ce dernier cas, la cause pourrait revêtir les couleurs d’une bataille individuelle, dont les mêmes causes pourraient produire les mêmes effets et les mêmes victimes.


3- Au moment où les plaidoyers devraient s’accentuer sur la consolidation de l’unité nationale, les rangs de l’opposition, eux se garnissent de programmes politiques aux relents de vengeance et d’incitation à la haine tribale. certains allant même jusqu’à profaner le principe de souveraineté de la nation dans l’évocation d’une balkanisation du Congo. Des citoyens diffuseurs de courants ethniques et de diatribes qui font l’éloge à la promotion de la haine et de la violence, jamais condamnés par les leaders et autres acteurs, membres de l’opposition. Des raisons qui laissent présager, dans l’après Sassou, la vraisemblance d’une chasse aux sorcières aux allures du Rwanda 1994.

4- Il se dresse actuellement au sein de la diaspora Congolaise du monde entier, un imbroglio troublant sur la notion d’opposition au pouvoir ou à la république. Les États majors, fusent de tous côtés, au point de s’interroger sur la recevabilité des prérogatives et des mandats de chacun à s’exprimer au nom du peuple Congolais dont ils ignorent parfois tout des réalités intrinsèques. La démocratie garantie les libertés d’expression certes, mais dans les libertés il y a des mécanismes prévus par la démocratie. Le fait qu’une pléiade de ses membres se découvre spontanément, à l’horizon de cette ère politique, chacun des potentialités de gouvernant d’un triomphalisme exorbitant, la diaspora ponctue sévèrement outre mesure les limites de l’éligibilité. Une raison susceptible de déprécier la force qu’elle aurait constituée dans la course.

Voilà succinctement l’analyse sur laquelle devrait être canalisé le regard de l’opposition, si elle aspire toujours à une alternance déterminante aux yeux du souverain primaire.
Que Dieu nous garde !
DDH- 17 Août 2015