Je leur dirai que ceux d’avant étaient très âgés et avaient les clés pour nous damner. C’est ainsi qu’ils ont gouverné sans s’arrêter, et qu’ensuite nous ont malmené jusqu’à nous priver d’idéal de l’unité tant chantée.

Que ceux d’après sont plus grincheux mais plus détraqués.
Qu’un jour ils l’ont adulé, puis l’ont assassiné, puis ont porté un autre, ensuite l’ont rejeté pour enjôler un nouveau qu’ils ont aussi chassé pour accueillir en héros un tout nouveau tout beau, mais qu’ensuite ils l’ont rechigné pour un autre...

Je leur dirai qu’ils sont versatiles à n’en point finir, qu’ils aiment chaque chose mais aussi son antinomie, s’ils prient c’est juste pour la facétie, comme si leurs églises étaient maudites.

Je leur dirai qu’ils avaient perdu la raison une fois, puis deux fois, ils ont accouru toutes les rues de leur patrie pour ériger des enseignes saugrenues, ensanglantant les avenues au nom de leurs tribus. Comme personne ne l’aurait cru, ils échafaudent encore des projets biscornus. Qu’ils mettraient le feu à leurs logis et sans soupirs, comme s’il y aurait un prix à se briser.

Qu’ils ont la mémoire écourtée, ils ont ovationné même ceux qui les ont ruinés. Maintenant qu’ils brandissent l’effigie de ceux-là qui les avaient un jour matraqués, ils prendront n’importe quel oiseau de mauvais augure pour sauveur, pourvu que ce dernier soit l’ennemi de leur ennemi.
Qu’ils ne s’exercent pas à se réaliser par eux-mêmes, pour cause de rancœur, leur crédo. Mais qu’ils s’accrochent à des rédempteurs de qui ils attendent, une fois de plus, du mirage et leurre.

Je leur dirai qu’ils ne se sont jamais aimés, qu’ils sont prêts à tout pour s’entretuer, même pour un bout de papier, l’amour est hors de leur portée.

Comme s’ils étaient d’ailleurs, ils sont des fervents parieurs sur la mort, et même vous ne serez jamais les leurs.
Je leur dirai que l’avenir est sombre, que c’est un rêve porteur de frayeurs, même lorsqu’on y veille il y aura davantage de rageurs associés à des gueux pour engloutir la bonne humeur.

Je leur dirai tout ce que j'aurais vu; lu et entendu…

DDH, 31/07/2015